Nouveau plaidoyer pour les milieux humides du Carrefour 40-55
En ce Jour de la Terre, la coalition Terre précieuse souhaite sensibiliser les gens aux bienfaits des milieux humides. Elle espère que la population pourra se prononcer sur le développement du Carrefour 40-55 lors des prochaines élections. (François Gervais/Le Nouvelliste)
Trois-Rivières
Par Marie-Eve Lafontaine, Le Nouvelliste
22 avril 2024 à 15h20| Mis à jour le 22 avril 2024 à 15h26
«On veut élargir le public cible. Avec cette campagne de sensibilisation, on veut sortir des sentiers battus. Il y a encore malheureusement beaucoup de gens pour qui le Carrefour 40-55 et les milieux humides, ça ne leur dit rien. Notre objectif, c’est de rejoindre une majorité de citoyens et de citoyennes de Trois-Rivières d’ici la fin du mois, pour qu’ils aient au moins vu ou entendu parler de ça, et ainsi élargir la base», explique Philippe Duhamel, porte-parole de Terre précieuse.
Lancer cette vidéo le Jour de la Terre allait de soi, selon M. Duhamel. «C’est l’occasion de poser des gestes, de sensibiliser, de mettre en action l’espoir.» Elle a pu être conçue grâce à un donateur. «On a des appuis qui grandissent. On le sent vraiment. Il y a du nouveau monde qui nous contacte et on sent un vent de dos qui nous pousse vers l’avant. Même si l’échéance se rapproche inexorablement.»
L’échéance se rapproche en effet. Le développement du quartier industriel a été approuvé par une courte majorité d’élus (huit contre sept), en juillet. Le contrat pour les plans et devis a été octroyé et des travaux d’arpentage et de déboisement ont été faits.
Philippe Duhamel, porte-parole de Terre précieuse (Archives La Tribune)
Mais pour Terre précieuse, il n’est pas trop tard. Leur vidéo commence d’ailleurs par la phrase suivante: «Il est encore temps».
«Ce que j’ai découvert, c’est que la ténacité, ça paie. Quand on tient pendant des mois et des mois, des années, on finit par triompher. Plus le temps avance, plus les gens sont sensibilisés. Plus les gens sont sensibilisés, plus le potentiel de sympathie grandit, et finalement, le bon sens peut triompher. Je l’ai vu souvent comme, par exemple, dans le dossier de gaz de schiste et pour d’autres enjeux aussi. »
La coalition espère être en mesure de retarder les travaux jusqu’à l’élection municipale de novembre 2025.
«Pour nous, c’est vraiment de tenir pour en arriver à une élection référendaire sur cette question. Ni plus ni moins. C’est pour ça qu’on met en place un programme d’actions pour la prochaine année avec un crescendo. Il va falloir qu’on aille en crescendo. On l’a toujours dit. Jusqu’au moment où les bulldozers vont arriver, on va être là.»
— Philippe Duhamel, porte-parole de Terre précieuse
Et quelles sont ces actions? «Le bon vieux set in. Des actions terrain, des gens qui s’interposent entre la machinerie et les milieux naturels. C’est l’extrême. Pour nous, c’est le bout des moyens, mais il y a d’autres actions qu’on veut faire d’ici là.»
Terre précieuse compte tenir des actions pour retarder les travaux. La coalition souhaite que la population puisse se prononcer sur le projet lors des prochaines élections municipales. (Olivier Croteau/Archives Le Nouvelliste)
M. Duhamel croit qu’une élection sur la question démontrerait que la majorité souhaite sauver les milieux humides situés sur le site du Carrefour 40-55. «On en est convaincus. On le sent, on le voit. Et là, ce qu’on constate, c’est que ce sont les jeunes qui se mettent en action.»
Sans se transformer en parti politique, la coalition compte s’assurer que des candidats aux prochaines élections partagent leurs vues. Elle verrait aussi d’un bon œil une coalition formée de plusieurs groupes citoyens comme les voisins du site de Groupe Bellemare aux Vieilles-Forges et les victimes des inondations dans le secteur Trois-Rivières-Ouest.
«Il va falloir qu’on se batte pour défaire les candidats qui ne sont pas du côté de la défense de l’environnement et tout faire pour que les gens qui appuient nos revendications soient élus.»
— Philippe Duhamel, porte-parole de Terre précieuse
Que dit-il aux gens qui les accusent de ne faire aucun compromis? La Ville a présenté trois moutures du Carrefour 40-55 pour répondre aux revendications. La superficie des milieux humides détruite est passée de 13,9 à 10,4 hectares et les tourbières ne seront pas touchées. M. Duhamel répond qu’il n’y a rien qui garantit une préservation à perpétuité de ces milieux humides.
«Quand vient le temps des feux de forêt, des inondations, la nature malheureusement ne fait pas de compromis. Ce n’est pas nous qui ne faisons pas de compromis. On a de l’autre côté une administration qui refuse d’écouter la science, qui refuse d’écouter sa population. Les gens y tiennent. Ils voient que la façon de faire actuelle de la Ville n’est pas durable, n’est pas viable et qu’il faut un sérieux coup de barre.»
Marie-Eve Lafontaine, Le Nouvelliste
Marie-Eve Lafontaine est journaliste au Nouvelliste depuis 1998. Elle est aux informations générales et s’intéresse à plusieurs domaines dont la politique municipale, l’environnement, la santé et les affaires policières.